ALEX

ALEX

Comme beaucoup de gens, j’apprécie énormément le thriller et le roman policier, a fortiori lorsqu’ils s’agrémentent d’une dimension psychologique forte. Il arrive que, parmi la multitude de titres proposés, l’un sorte réellement du lot. C’est le cas d’ « Alex », petite pépite écrite en 2011 par Pierre Lemaître dont j’ai découvert par la suite (honte à moi !) qu’il avait reçu le prix Goncourt en 2013 pour « Au revoir là-haut ».

L’héroïne éponyme, une belle jeune femme d’une trentaine d’années, travaille en interim dans le milieu médical. Elle vit seule, a renoncé à l’amour, semble entretenir des relations familiales conflictuelles et s’épanouir dans le changement, comme en témoignent sa passion pour les perruques, son statut professionnel volontairement précaire et ses multiples déménagements.

En apparence, elle mène une petite existence tranquille et sans histoire. Jusqu’au soir où elle se fait enlever.

Le manichéisme n’existe pas dans l’univers de Pierre Lemaître. Chaque personnage vous inspirera successivement, et parfois simultanément, une commisération profonde ou un dégoût pouvant aller jusqu’à l’écoeurement. Bourreaux et victimes fusionnent et s’anamorphosent tout au long du roman jusqu’à la révélation finale, magistralement mise en scène dans un interrogatoire de police aux dialogues époustouflants, point d’orgue d’un récit qui vous aura malmené du début à la fin.

Je ne pourrais, en outre, que vous conseiller une relecture attentive qui vous permettra de mieux prendre conscience du tissage machiavélique de la trame narrative. En effet, dès l’incipit, Lemaître distille dans le texte des détails, phrases anodines et autres anecdotes comme autant d’indices qui, sous ce nouvel éclairage, prennent une signification différente et parfois bouleversante.

« Alex » est une œuvre dure, dérangeante, déstabilisante, fruit délicieusement nauséabond d’un auteur de talent.

 

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