Barbie Curvy me laisse perplexe

Barbie Curvy me laisse perplexe

L’autre jour, je devais trouver un cadeau d’anniversaire pour une petite fille de 4 ans. Je prends la-mienne (10 ans) avec moi pour m’aider dans ce choix délicat et nous nous dirigeons instinctivement vers le rayon de celle qui a fait mon bonheur dans les année ’70: la célèbre et indétrônable Barbie.

Nous passons les différents modèles en revue: la mariée, la ballerine, la blonde, la rousse, l’asiatique, la métisse, … Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’offre s’est bien diversifiée depuis ma lointaine époque. Et voilà que mon regard se pose sur une petite brune aux bras minces et à la taille fine mais aux hanches larges et aux cuisses généreuses, qui contraste étrangement parmi ses congénères.

J’avais vaguement entendu parler du fait que Mattel avait révisé les proportions de sa poupée emblématique, afin de « mieux l’adapter à la réalité » mais je ne m’étais, à vrai dire, pas particulièrement intéressée au sujet.

Barbie Curvy (puisque tel est son nom) me laisse perplexe. Je ne doute pas une seconde que sa création parte d’une bonne intention, mais que toutes celles qui auraient été complexées, traumatisées ou psychiquement détruites; qui seraient devenues boulimiques, anorexiques, alcooliques ou dépressives pour avoir eu le malheur de jouer avec Barbie Filiforme lèvent la main.

Barbie, c’est un peu l’équivalent de la princesse Disney. On l’aime justement parce que son physique sort de l’ordinaire, parce qu’elle est belle, qu’elle a des jambes interminables, des tenues kitchissimes pleines de froufrous et de paillettes et une vie faite de rose.

Barbie qui essaye de combattre son acné et ses kilos en trop, qui traîne en vieux jogging avec les cheveux gras et râle parce qu’il pleut et qu’il faut sortir le chien n’intéresse personne.

Et, honnêtement, en offrant Barbie Curvy à sa fille, quel message lui envoie-t-on? « Ma petite chérie, toutes tes copines ont Barbie danseuse, Barbie fée ou Barbie top model. Mais toi, avec ton physique d’une banalité crasse, je préfère t’offrir Barbie Curvy afin que tu puisses dès à présent t’identifier à l’adulte absolument quelconque que tu seras plus tard ». C’est très délicat, et d’une efficacité psychologique redoutable.

Alors, avant qu’on ne me jette la pierre, je ne prétends pas qu’une femme ne puisse pas être jolie avec des formes. Mais là n’est pas la question. Fallait-il diaboliser cette malheureuse poupée sous prétexte qu’elle n’est « pas réaliste »? Devrions-nous commercialiser des Ken dégarnis et bedonnants afin de ne pas déstabiliser les petits garçons?

A ce train-là, bannissez aussi les bébés en celluloïd qui ne geignent pas en continu, afin de ne pas pousser au baby-blues les jeunes mères qui réaliseront rapidement qu’un nouveau né pleure à longueur de temps et qu’il n’existe pas de bouton « off ».

N’achetez pas non plus de modèles réduits de voitures de luxe. Sachant qu’il y a de fortes chances que votre fils ne puisse jamais en acquérir une grandeur nature, vous risqueriez d’en faire un frustré aigri et castré.

Eliminez les jeux de dînette car votre enfant sera dévasté lorsqu’il réalisera qu’il ne recevra jamais trois étoiles au guide Michelin.

Eradiquez aussi les kits d’expériences qui pourraient lui donner l’espoir absurde de remporter le prix Nobel de chimie.

Oubliez les légos qui ne devraient être réservés qu’aux futurs bâtisseurs de cathédrales.

Et, surtout, évitez d’investir dans toute la panoplie du médecin si votre rejeton est nul à l’école. Ce serait cruel.

Rabattez-vous sur le jeu de dames, qui semblerait a priori sans danger.

Les petites filles savent très bien qu’elles ne seront jamais Barbie. Qu’elles ne pèseront pas 40 kilos pour 1m80, dont 1m30 de jambes, qu’elles ne défileront pas pour Chanel et qu’elles ne porteront une robe étouffe-chrétien que lors de leur cérémonie de mariage, pour peu qu’elle arrive un jour. Mais toutes ces choses incroyables, elles les auront vécues par procuration grâce à cette poupée tant décriée qui, durant quelques heures, aura au moins eu le mérite de les faire rêver.

2 commentaires


  1. Bonjour Camille, je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense que le fait de diversifier les barbies n’est que positif pour les filles. Loin de vouloir uniquement leur donner une barbie curvy mais pourquoi aussi uniquement une barbie au BMI hors norme alors?. Pourquoi pas une barbie sportive, une rondelette, une moche sympa, je pense qu’elles s’amuseront plus au final. Au contraire nous vivons de plus en plus dans le monde de la télé-réalité, la vraie vie quoi… pourquoi ce succès car tout simplement on arrive à s’identifier à ces personnages avec leurs rêves, leurs défauts, leurs qualités. Ils nous font aussi rêver même si ils nous ressemblent plus finalement d’une manière réaliste alors qu’en mettant sur le marché des poupées squelettes ou au visage méchants (cfr le visage des légo…) nous ne faisons que les enfermer dans un monde très uniforme et fermé. Ma petite fille a récemment acheté une poupée géante avec des lunettes qui ressemble à sa copine alors que les barbies skinny elle leur coupe les cheveux et est contente de les voir dégarnie. Parfois une jambe se casse ok elle ira à l’hôpital. C’est ça pour moi le jeu copier un peu la réalité et s’en amuser.


    1. Bonjour Omsti et merci pour ton commentaire. Cet article ne fait qu’exprimer mon ressenti et je n’affirme en aucun cas avoir raison. Il appartient à chacun de se faire son opinion quant à cette diversité de Barbie et de décider d’acheter le modèle traditionnel, un des autres (il existe aussi la « petite » et la « grande »), ou de simplement faire l’impasse. Je pense simplement qu’il ne faut pas accuser un simple jouet, quel qu’il soit, de tout les maux et faire confiance à l’enfant quant à la construction de son imaginaire. Pour ma part, ma fille ne s’intéresse pas trop aux Barbie, donc je suis sauvée! Et je souhaite beaucoup d’amusement à la-tienne avec ses jouets, quelles
      que soient leur taille ou leur apparence!

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