Ces délicieuses réunions de parents…

Ces délicieuses réunions de parents...

Cette année, je fête un super anniversaire: celui de mes 10-ans-de-réunions-des-parents, petite joyeuseté que j’affectionne particulièrement puisqu’elle a la déplaisante manie de me jeter hors du lit un samedi matin. Encore à moitié endormie, je me motive en me rappelant que c’est pour la bonne cause: l’AVENIR DE MES ENFANTS! Et que je passerais pour une mère indifférente, voire indigne, si je ne daignais pas faire acte de présence. Mais, franchement, vous voulez savoir ce que je vis? Petit retour sur ces belles années…

En maternelle: j’arrive dans une classe surchauffée où une quarantaine de parents, élégamment assis sur des chaises à taille de Pokémon, les genoux à hauteur des oreilles, discutent entre eux comme s’ils se connaissaient depuis toujours. L’année scolaire n’a pourtant commencé que depuis une quinzaine de jours. La situation me laisse perplexe et je me perds en conjectures (des plus improbables au plus inavouables) quant à cette étonnante complicité qui me donne l’impression d’être un gros cheveu tombé dans la soupe. Alors que je n’ai pas jugé utile de prendre de quoi écrire, je me retrouve subitement cernée de stylos, de carnets chamarrés et même… d’ordinateurs portables (?????)  Chacun note les explications de l’institutrice comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort (« On débute la journée par une petite chanson », « Le mardi matin, c’est psychomotricité », « le jeudi après-midi, on fait un bricolage », …) Certains osent interrompre ce laïus d’une importance capitale en s’exclamant: « Attendez, attendez! Le mercredi, c’est quoi? »

Je m’interroge: ces calligraphes acharnés ont-ils l’intention d’afficher le planning de leur progéniture sur la porte du frigo pour pouvoir se dire, extatiques: « Oh, il est 11h! Machin doit être en train de faire de la peinture »? Quant aux informatisés, ambitionnent-ils de mettre au point d’étranges formules logarithmiques, de nébuleux tableaux Excel ou de savantes bases de données pour calculer précisément à quelle heure Truc a dû manger sa collation ou aller aux toilettes? Je ne le saurai probablement jamais.

Mais une chose est sûre, par contre: mon fils se retrouve par erreur dans une classe de surdoués! Car voilà à présent que tous ces parents renchérissent quant aux miracles accomplis par leurs petits génies. Et on les comprend! Car figurez-vous qu’à 3 ans passés, ces prodiges sont capables de faire des choses aussi extraordinaires que: tracer un cercle, écouter leur mère leur lire une histoire, reconnaître la première lettre de leur prénom, compter jusqu’à 5 ou distinguer quelques couleurs. Plus qu’une vingtaine d’années et je saurai enfin lequel d’entre eux à remporté le prix Nobel.

Pour ma part, je quitte la première réunion de ma vie en me contentant d’enregistrer dans mon cerveau mis à mal (et à défaut d’avoir pensé à amener autre chose) le jour où je devrai apporter le sac de piscine.

En primaire: les bancs ont grandi et les chaises aussi! L’ambiance non. Et le pire reste à venir avec les questions. Je sais maintenant que tout bon parent un tant soit peu impliqué dans l’éducation et la scolarité de son enfant ne manquera pas de demander:

  • Les fruits du repas de midi sont-ils bios?
  • Si je donne un yaourt à Bidule, peut-il le mettre au frigo?
  • La banane de Chose s’écrase à chaque fois dans son cartable, avez-vous une solution?
  • Que mangeront-ils lors du voyage scolaire? (Notez au passage qu’il semble y avoir une véritable obsession pour la nourriture. Les visites culturelles ou l’intérêt pédagogique de la-dite excursion seront relégués aux oubliettes face au débat sur les frites).

Quand les interrogations portent sur des aspects plus instructifs, cela donne:

  • Le bulletin, on doit le signer au bic bleu ou au bic noir?
  • A la maison, quand je prépare la dictée de mots avec Bazar, il doit le faire au cahier de brouillon ou sur une feuille à part?
  • Vous avez dit qu’ils ont 2 heures de cours philosophiques par semaine, le lundi et le mercredi. Ces 2 heures, elles se donnent d’affilée ou séparées?

La maman qui vient de poser ces trois belles questions existentielles s’inquiète ensuite au sujet de l’inscription de son fils à l’étude car « il est en cinquième et elle commence à avoir du mal à suivre ». Par la suite, elle expliquera avec une fierté non dissimulée qu’elle est titulaire d’un diplôme… d’institutrice primaire. Nous voilà sauvés. Et moi bientôt délivrée car, l’année prochaine, je subirai ma toute dernière torture matinale. En admirant les enseignants pour leur courage et leur patience.