Des femmes et des poils…

Des femmes et des poils...

J’ai lu ce matin un article qui expliquait que, avant d’enfiler une jupe ou un maillot de bain, l’épilation était « primordiale ». Quelque peu interloquée par la violence de cet adjectif, je me suis demandé ce qu’il advenait des inconscientes qui, au moment d’exhiber leurs jambes, y avaient par malheur laissé traîner quelques poils. Etaient-elles abattues par la foudre? Arrêtées, torturées et jetées aux oubliettes? Dévorées par un tyrannosaure?

Même si elles s’acharnent à faire croire le contraire, passé l’âge de 12 ans, toutes les femmes ont des poils. C’est un fait. Et figurez-vous qu’ils ne sont pas uniquement là pour leur pourrir la vie, ils ont avant tout une fonction protectrice et contribuent au maintien d’hydratation de la peau.

A défaut d’être esthétiques, ils ne sont ni sales, ni répugnants, ni infamants. A chacune son lot de pilosité et son degré de tolérance: certaines ne les supportent pas tandis que d’autres les laissent s’ébattre joyeusement en liberté. Entre les deux, il y a sûrement un juste milieu. Autant j’aurais du mal à adopter le style Yéti, autant je suis effarée à l’idée que de plus en plus d’adolescentes se rendent en institut afin de demander une épilation intégrale façon film porno, oubliant au passage que les esthéticiennes sont en principe spécialisées en beauté et non en gynécologie. On pourra me rétorquer que c’est leur métier. Je pense pour ma part qu’elles le choisissent avant tout pour les soins et le maquillage et non dans l’espoir insensé de passer leurs journées à traquer les poils pubiens des autres. Il y a dans tout cela un côté dégradant qui me dérange. Mais cela n’engage que moi.

Avez-vous en outre remarqué que, pour être considérée comme socialement acceptable, une méthode d’épilation se doit d’être la plus désagréable et douloureuse possible?

Le rasoir? Honni, banni, décrié. Virilisé. Accusé de tous les maux. A cause de lui, les poils repousseraient plus forts, plus drus, plus nombreux. Il s’agit pourtant, paraît-il, du mode d’épilation préféré des Américaines (99% l’utilisent régulièrement, selon une étude) qui sont peut-être plus malignes que nous sur ce coup-là. Jennifer Lopez en a d’ailleurs fièrement fait la promotion, alors que je n’ai jamais entendu une Belge oser avouer qu’elle y avait recours.

La crème dépilatoire? Elle est peu pratique à utiliser. Fait repousser les poils plus vite. Ou encore sent l’oeuf pourri.

Adulés, par contre, l’épilateur électrique et, surtout, la sacro-sainte cire! La chaude vous donne l’impression d’être écorchée vivante. Quand à la froide…pour l’avoir testée un jour sous forme de bandelettes, je peux vous dire que les poils sont restés sur mes jambes…et la cire avec. Impossible de m’en débarrasser. Une horreur. Je n’ai jamais renouvelé l’expérience.

Honnêtement, pourquoi nous imposons-nous tout cela? Pour être conformes aux normes? Plus séduisantes?

Certaines filles m’ont rapporté que beaucoup d’hommes ne souffraient pas le moindre duvet. Venant de personnes qui n’ont jamais approché la moindre pince à épiler de leur vie, je trouve cette exigence absurde et les invite vivement à essayer. On en reparlera après. Je leur signale au passage, au cas où ils ne l’auraient pas compris que, pour être arraché, un poil doit d’abord avoir repoussé. Mais peut-être sont-ils induits en erreur par ces magnifiques publicités dans lesquelles des mannequins aux jambes interminables s’acharnent à épiler des tibias parfaitement glabres?

Rendons-nous à l’évidence, le poil est la dernière forteresse résistant au féminisme: les hommes ont le droit d’être velus, nous pas!

J’ai bien conscience de dénoncer un système auquel je participe. Car, il faut bien l’avouer, même en hiver et célibataire, je ne pourrais renoncer à ce maudit rituel de l’épilation. La preuve: depuis près d’un an, j’utilise un appareil à lumière pulsée pour avoir la paix plus longtemps. Mais cela ne m’obsède pas non plus. Si trois poils ont repoussé, pas la peine d’en faire un drame. Parce que, honnêtement, ce n’est pas la fin du monde.