Free to run : mais quel runneur ne l’a pas encore vu ?

Free to run : mais quel runneur ne l’a pas encore vu ?

C’est LA sortie DVD 2016 de tout runneur et peut-être encore plus de toute runneuse. Ce documentaire et une bombe, à mettre, finalement entre toutes les mains, même les moins sportives. Ce que j’en ai pensé ? Que du bien et je vous raconte…

Free to run est un documentaire qui, comme son nom l’indique, parle de course à pied. Le réalisateur, Pierre Morath, nous invite à retracer l’histoire de la discipline. Il est historien, journaliste et ancien sportif d’élite. Bref, il avait tous les atouts pour pondre un petit chef-d’œuvre sur notre sport de prédilection et le pari est réussi. Attention, son but n’est pas de retracer l’histoire des nombreux records ou des avancées technologiques. Il s’agit de rappeler au public qu’il y a 50 ans encore, courir relevait de l’exploit social. Surtout pour les femmes, car si les joggeurs du dimanche passaient pour des ovnis, les femmes n’avaient, quant à elles, pas le droit de courir. Outre l’inacceptation sociétale qu’elles subissaient, elles étaient exclues de toutes les compétitions. Ce n’est donc pas un documentaire sur l’histoire des podiums mais un documentaire sur ces hommes et ces femmes qui ont œuvré à faire tomber les barrières et les préjugés concernant la course à pied.

On vous parlera de Kathrine Switzer, la première femme à avoir eu le culot de participer au marathon de Boston avec un vrai dossard, de Fred Lebow, le fondateur du marathon de New-York ou encore de Steve Prefontaine, le James Dean de la course à pied.

La grande force de ce film est d’être le fruit de recherches exceptionnelles, le réalisateur proposant des documents d’archives inédits. Un travail de fou. Un vrai petit bijou…Ajoutez à cela des interviews de ces nombreux « pionniers du running » et vous aurez une inestimable pépite.

Vous verrez des images fortes et étonnantes comme celles du premier marathon olympique féminin datant de 1984 (oui, oui, si tard que cela…) où une participante termine la course en titubant, symbole de volonté et de force mentale ou encore les images de Fred Lebow terminant son premier marathon de NY, dans des conditions que je vous laisse découvrir…très intense et émouvant.

Plus qu’une simple histoire de sport, c’est une histoire de combat pour la liberté. Le documentaire ne s’adresse donc pas uniquement aux fans de course à pied mais devrait intéresser et être vu par tous. Car, à travers le prisme du running, c’est toute l’évolution des mentalités qui peut être retracée. Des sujets majeurs sont abordés comme notamment – et je dirais même principalement – la place des femmes dans nos sociétés et les rapports de genre. Un documentaire qui nous rappelle qu’il y a à peine 50 ans, une femme n’avait pas le droit de …ni de…ou encore de….

Le film aborde aussi les aspects récents de la discipline et compare sa pratique d’hier et d’aujourd’hui. Courir n’est plus un acte de rébellion, d’appel à la liberté, c’est devenu une norme, directement liée à l’obligation sociale d’être fit et en bonne santé. C’est aussi devenu un véritable business. Bref, on serait passé d’une liberté individuelle à une obligation sociétale tacite, d’un sport simple et démocratique à une véritable machine commerciale.

Je comprends mieux aujourd’hui pourquoi mon papa, un de ces ovnis-pionniers qu’on regardait bizarrement dans le tram quand il se rendait à une compétition en tenue de combat, a du mal à utiliser sa Garmin. Il veut juste courir…pour lui, pas pour gagner 20 secondes sur 5 km, pas pour être plus fit que la veille, pas pour le regard des autres. Il veut juste courir pour le plaisir, sans cardio et sans chrono, en toute liberté.

Bon, je vous laisse, je vais enfiler mes baskets et profiter de pouvoir courir seule, en toute liberté, en espérant que ce droit sera un jour celui de toutes.

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