J’ai testé le ski touring. Un complément au running plein d’adrénaline.

J’ai testé le ski touring. Un complément au running plein d’adrénaline.

Cet hiver, j’ai eu la bonne idée de me lancer dans une nouvelle aventure alpine : le ski touring. Le ski quoi ??? le ski de randonnée, la randonnée en peaux de phoque ou encore rando-ski. C’est une discipline qui permet de découvrir les faces cachées de la montagne et donc de profiter de paysages exclusifs. En gros, vous êtes en hors-piste… J’ai aussi appris que c’était un sport dérivé du ski alpin et de la randonnée en raquettes qui avait comme propriété de faire monter à bloc votre taux d’adrénaline. C’est aussi un excellent complément à la course à pied, car c’est assez physique : ça fait non seulement travailler les muscles mais aussi le cardio. C’est ce qui m’a convaincue.

Le ski de rando, késako?

Le ski de randonnée se fait en deux phases : la montée et la descente. Qui l’eut cru ? Pas besoin de ski et de raquettes : on monte avec ses skis que l’on équipe de « peaux de phoque » et on retire ces dernières pour la descente. Il ne s’agit pas de vraies peaux de phoque (pauvres petites bêtes) mais de versions synthétiques. Ce sont des bandes antidérapantes que l’on colle et accroche sous son ski pour avoir de l’adhérence. Les skis sont aussi équipés de fixations spéciales qui permettent de laisser le talon libre à la montée. À la descente, les fixations sont remises aisément en mode classique.

Alors ? Ça a l’air simple comme ça non ? Oui, sur papier. C’est pour ça que j’ai pris l’initiative de m’équiper entièrement afin d’être méga opérationnelle. J’ai acheté des skis de randonnée d’occasion, peaux de phoques comprises et un beau sac airbag. Oui, pour ceux qui ne sauraient pas, il y a moyen de s’équiper d’un airbag comme les voitures. En gros, votre sac à dos est muni d’un airbag relié à une bonbonne de gaz que vous déclenchez à l’aide d’une manette en cas d’avalanche. Taux de survie estimé à environ 90%, contre à peu près 30% sans le sac. Bref, je suis ruinée mais j’en ai acheté un. Une vie, ça n’a pas de prix… Il faut rajouter à cela l’achat d’un ARVA, d’une pelle et d’une sonde. C’est le pack pour être retrouvé sous la neige ou pour retrouver quelqu’un. Là aussi, une petite fortune. Mais c’est indispensable et même obligatoire.

Bien équipée avec mon sac ABS rempli d’un ARVA, d’une pelle et d’une sonde

Première étape: le test de niveau

Je suis donc partie pleine d’optimisme à 8h du matin pour tester mon beau matériel ! En fait, j’étais morte de trouille et je n’en ai pas bien dormi la veille…mais chut. Nous avions Rendez-vous, Run, notre pote Kent et moi avec un guide de haute montagne, Victor, à 8h30 à Bonneval-Sur-Arc. Petite parenthèse en passant, il s’agit d’un des plus beaux villages de France. C’est là qu’ont été tournés les films « Belle et Sébastien ». De belles vues en perspective… Nous arrivons donc pile à l’heure et nous retrouvons notre groupe. En plus du guide, nous skierons en compagnie de 3 sympathiques français. Pourvu qu’ils soient patients… Ils sont grands, costauds et ont un niveau de ski de tueur. Run et Kent aussi. Bref, je vais être le boulet du groupe. Run a d’ailleurs prévenu le guide : avec moi, pas de problème pour monter, j’ai une bonne condition physique (3 marathons en 1 an, ça aide…), là où le bât blesse, c’est à la descente. J’ai un peu d’expérience en hors-piste, j’aime affronter les champs de bosses, mais je ne suis pas encore tout à fait à l’aise dans la poudreuse.

Du coup, première chose que fait le guide est d’aller tester mon niveau de ski entre les pistes. Il a tout de suite compris qu’il fallait me coacher psychologiquement. Il est très attentif et très patient. Une vraie crème… Ouf. J’avais peur d’entendre un truc du style : « quand on a un niveau de ski pareil, on ne s’inscrit pas à une journée de rando-ski ! ». Pas du tout, il me donne des conseils, me booste et me trouve courageuse. Reouf. Autre angoisse de ma part, me taper les râleries des 3 autres participants parce qu’il faut m’attendre. Angoisse inutile, ils sont eux aussi charmants et encourageants. Rereouf.

Avec Victor, notre guide

Mon petit test de niveau en champs de bosses et poudreuse se passe bien. Je ne suis pas hyper à l’aise, surtout que c’est la première fois que j’essaye mes nouveaux skis (c’est malin aussi…), mais je ne m’en sors pas si mal. Victor confirme ce que je savais déjà : mon style est improbable mais je passe partout. Il se dit que je dois avoir un équilibre de la mort. Sinon, je serais déjà tombée depuis longtemps. Bon, peu importe la beauté de l’allure, l’important c’est d’arriver en bas, non ?

Le grand départ vers l’ascension…et les conversions

Test fini, nous nous rendons vers notre terrain de jeux de la journée, derrière les pistes de Bonneval, sur le glacier inférieur du Vallonet avec vue sur le glacier supérieur du même nom.

Il fait très froid et nous resterons à l’ombre toute la journée. C’est la condition pour trouver de la bonne puff (jargon du bon skieur) en cette période de « neige-maigre ». Avant de commencer notre vertigineuse ascension, il faut munir les skis des peaux de phoque. Coup de bol : Kent a la même marque de skis que moi. Il se montre galant et fixe mes peaux à ma place. Un vrai pro ! Surtout vu le terrain escarpé sur lequel il faut faire cela…

Kent et Run en pleine action « on met nos peaux »

L’ascension commence bien, le rythme, d’après le guide, est très bon. Il prévoit environ 800m de dénivelé positif. La pente est assez douce au début puis elle se corse au fur et à mesure. Mes compagnons de route sont prévenants et m’apprennent qu’il y a une sorte de cale sous mon talon que je peux régler en fonction du pourcentage de la pente. Ils le font même pour moi en vrais gentlemen.

Puis, les choses se corsent : moi qui croyais que la montée allait être simple comme bonjour, voilà qu’il faut faire des conversions…debout. Jamais entendu parler ? Eh bien jusque-là, moi non plus. Et je m’en serais bien passée. Il s’agit de changer complètement de cap sur une pente raide en levant un ski à la verticale et puis l’autre. Bref, vous vous retrouvez dans une position instable et hyper casse gueule et si vous vous loupez vous pouvez glisser très très bas. Un pur bonheur. Le meilleur moment point de vue adrénaline. Je m’en sors péniblement et avec beaucoup d’aide de la part de Victor. Admirez la photo, elle parle d’elle-même, bien qu’elle ait été prise lors d’un premier essai, encore à plat. Imaginez sur une pente type piste noire…

Après une petite dizaine de manœuvres inconfortables, nous voilà repartis. Nous piqueniquons joyeusement debout et à l’ombre et donc rapidement et sommairement. L’ascension continue. Par endroits, nous ne devons pas traîner à cause des séracs qui se détachent méchamment du glacier supérieur du Vallonet. Il s’agit de blocs de glace de grande taille qui se détachent d’un glacier. Il ne faudrait donc pas se trouver juste en dessous…Il n’en faut pas plus pour me convaincre d’accélérer le rythme.

La descente, le trouillomètre à zéro

Ça y est, nous sommes enfin en haut ! Mission presque accomplie, nous n’avons plus qu’à redescendre. Je stresse à mort, puis je me raisonne : je n’ai pas le choix, donc autant le faire dans le positivisme et la bonne humeur. Après avoir retiré et rangé soigneusement nos peaux (cette fois-ci, merci Run), nous redescendons par là où nous sommes montés. Je connais donc le dénivelé et la qualité de la neige. Je sais que je vais être en difficulté par endroits. Victor laisse les autres passer devant. Aucun risque d’avalanche et ils sont tous les 5 expérimentés. Le plus gros risque d’accident reste les séracs. On peut d’ailleurs en apercevoir un bon tapis déjà à terre. Comme à la montée, il s’agit de ne pas s’attarder à certains endroits.

Lentement mais sûrement, je descends prudemment. Au final, je ne ferai qu’une petite chute pas bien méchante. Vous savez, celle du type : je n’ose pas tourner donc je continue tout droit jusqu’au moment où j’arrive sur des petits blocs de glace. Super technique de secours : je m’assieds et je fais une conversion. Pas très élégant mais efficace.

J’ai même réussi malgré moi à rattraper et dépasser tout le groupe. Non pas que j’aie pris soudainement de l’assurance mais juste parce que je n’ai pas pu m’arrêter…j’ai donc dévalé une pente à toute vitesse, sur un ski puis l’autre, essayant de retrouver mon équilibre pour ne pas choir. J’ai foncé dans une décompression (passage très pentu puis qui remonte très fort, sorte de cuvette en U) et, comme sur un malentendu, je me suis arrêtée face au restant du groupe lorsque le dénivelé me le permettait. Je ne suis pas tombée. D’après Victor, un miracle. Moi, je dirais plutôt une question d’instinct de survie !!!

Mon cardio étant repassé de 195 à 120 pulsations minutes après mes acrobaties, nous reprenons notre route et celle-ci se passe très sereinement. Au loin, j’aperçois des pistes et un remonte-pente. J’espère secrètement qu’il ne s’agit pas d’un mirage…

La fin de l’aventure

Mes skis se posent sur une piste bien damée et balisée. Je suis contente. Aussi bien de la journée que j’ai passé que de son happy end.  J’avoue, je suis un peu fière de moi et heureuse d’y être arrivée.

Il fait déjà noir lorsque nous regagnons Bonneval-Sur-Arc et le village illuminé est magnifique. Nous allons boire un verre avec le restant du groupe. Tout le monde est ravi de sa journée. Je commande un vin chaud. Encore pleine d’adrénaline, il faudra bien ça pour me remettre de mes émotions !

 

Si j’y ai pris goût au point de recommencer ? Euuuuuh, pour tout avouer, bien que j’aie bien aimé cette expérience hors des sentiers battus, il y a tout de même un petit « mais » … Je serais prête à recommencer mais dans de meilleures conditions. Il faisait très froid et je n’ai pas vu le soleil. Je pense qu’avec quelques degrés de plus, un beau ciel bleu et surtout…moins de conversions, je signerais sans problème…