J’ai testé l’expo Serrano et…je m’en suis remise !

J’ai testé l’expo Serrano et…je m’en suis remise !

On a beau lire des polars glauques et regarder des films interdits « aux moins de », l’expo Serrano aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ne laisse pas ses visiteurs repartir totalement indemnes. Je m’explique…

Andres Serrano est un photographe américain ayant deux talents incontestables : le premier, celui de livrer des photographies superbes dont le cadrage, la lumière et les couleurs sont d’une intelligence esthétique irréprochable. Le deuxième, celui de choquer, d’aller chercher ce qui va déranger notre esprit sain, curieux et (presque) innocent. Mais rien n’est fait gratuitement, rien n’est dû au hasard, tout est là pour nous faire réfléchir, sur nous-même et la société dans laquelle nous vivons.

L’expo s’ouvre sur des posters géants de photographies de nos sans-abris bruxellois. Superbes portraits tout en vérité, de ces hommes et femmes que l’on croise sans voir et sans vouloir voir, et que l’on est amenés (même pas de force) à admirer…une chose est sûre, on y fera plus attention désormais !

Ensuite, des portraits, toujours, mais cette fois-ci de personnes âgées, nues, l’artiste nous confrontant au temps qui passe, inexorablement. Et il nous en rajoute, enfonce le clou, avec la série de clichés pris dans des morgues, révélant des gros plans de visages, pieds ou mains de cadavres…toujours très esthétiques mais là, j’ai un peu de mal quand même…car les mains sont parfois petites, très petites et les visages encore trop joufflus. Alors là, on s’interroge sur la cruauté du monde, même si c’est bateau, sur la vie qui ne tient qu’à un fil et sur la chance qu’on a, au final, d’être en train de regarder plutôt que d’être contemplé.

La série des « tortures » est d’une beauté saisissante (si si), Loin de ce qu’on pourrait imaginer, les photos présentées à l’expo représentent d’ancien prisonniers de l’IRA dont le visage est dissimulé sous des sacs de toile. La mise en scène est superbe, tendant même vers une certaine abstraction.

Et puis, viennent les œuvres, hum, comment dire…  « corporelles ». La plus connue : « Piss Christ ». Le principe : prendre un petit crucifix, le plonger des un pot rempli d’urine et de sang et prendre une photo. Le résultat : une œuvre troublante et magnifique, un rendu unique et esthétiquement irréprochable. Le deuxième effet Kiss cool : des gens très très fâchés et très très choqués et une œuvre ayant été critiquée et vandalisée à maintes reprises, aussi bien aux Etats-Unis que sur notre continent (ce n’est d’ailleurs pas la seule de l’artiste, soit dit en passant). Mais à Bruxelles, les œuvres de l’artistes ne subissent rien de tel (on est quand même ouverts d’esprits chez nous et puis on a dépassé le second degré depuis bien longtemps…).

L’expo se clôture par une image qui restera gravée dans mon esprit malgré qu’il s’agisse d’un sujet disons quotidien et trivial…un gros plan sur un excrément humain, tout ce qu’il y a de plus naturel ! Et le pire, c’est que cette photo suit le même chemin que les autres : c’est esthétique, au final, vu comme cela…on aurait presque l’impression que cette crotte-là, elle sent bon…et puis, après les cadavres, les tortures et j’en passe, ce cliché permet de quitter l’expo sur une note d’humour : mais à qui appartient cette crotte, pourquoi le nom du propriétaire n’est-il pas mentionné ? Une si belle crotte, ça aurait mérité un peu de reconnaissance, non ? Même pas une petite minute de gloire ?

L’expo Serrano se tiendra aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles jusqu’au 21/08/16

Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
rue de la Régence 3
1000 Bruxelles
+32 0(2) 508 32 11
info@fine-arts-museum.be

JOURS D’OUVERTURE

Mardi – vendredi : 10:00-17:00
Week-end : 11:00-18:00

Les caisses ferment à 16:30 durant la semaine et à 17:30 le week-end

Fermé : les lundis et le 1/05

Prix de l’entrée : 14,5 €, possibilité de tarifs réduits

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