Je veux juste courir, je ne veux pas faire un tour en camion poubelle, c******

Je veux juste courir, je ne veux pas faire un tour en camion poubelle, c******

On est vendredi matin. Dans ma ville, c’est le jour du ramassage des poubelles. C’est aussi le jour de ma sortie running au seuil. Pour les non-initiés, le vendredi, je cours à une vitesse très soutenue et donc mon cardio monte très haut. Et, pour la « jenesaiscombientièmefois » fois, je me fais klaxonner. Vous comprenez, j’adore ça. Surtout à 175 pulsations par minute. Je me saisis et mon cœur fait un super pic jusque 190. Trop bien.

Un jour mon Prince viendra…

Cette fois-ci, mon carrosse est un camion poubelle de la commune et il est rempli de princes charmants. Youpiiiieeee ! Je ne leur jette pas la pierre, moi aussi je me klaxonnerais. En effet, je suis particulièrement attrayante. Je dirais même que là, sur le trottoir, en tenue de jogging, je ne me suis jamais sentie aussi sexy : je porte un collant bien épais, un short au-dessus pour bien cacher mes formes, un tee-shirt à longues manches, une veste de ski de fond, un tout de cou, des gants et surtout un magnifique bonnet de running, noir et bien serrant, qui me fait une tête de…de…je ne trouve même pas une tête de quoi. En gros, je suis un remède à l’amour. Et c’est pire dès qu’on s’approche. Après un sprint de déjà 5 km, je vous laisse deviner pourquoi.

Que d’humour!!!

Malgré tout, les 5 employés communaux dans l’exercice de leur fonction, des représentants de la commune, trouvent très sympathique de me klaxonner pour me faire gentiment sursauter.  Ils passent leur chemin en m’adressant des messages inaudibles et incompréhensibles et me sourient de bon cœur. Je m’interroge alors sur l’intérêt de la démarche… Peut-être espéraient-ils me faire plaisir ? Pourquoi ne pas avoir alors plutôt klaxonné la vieille dame sur le trottoir d’en face, celle avec son chien ? Me flatter ? Pour l’assortiment parfait de mon bonnet Odlo avec mes chaussettes Kalenji ? J’en doute… Pour me faire peur ? Mais oui, quelle bonne idée ! Surtout que ça a tout pour marcher ! Une runneuse s’est justement fait violer et tabasser à 3 km de là cet automne ! Une bonne blague de circonstance, en somme. J’ai dû tomber sur des comiques.

Comme j’ai bêtement continué ma route, j’espère ne pas avoir vexé ces 5 braves types pleins de bonnes intentions à mon égard. Ils ont peut-être été tout déçus que je n’aie pas couru (encore plus vite) après leur beau camion en criant « je vous remercie de tout cœur, les gars ! ». Peut-être avaient -ils l’espoir que, hautement flattée, je me jette dans la benne pour un bon petit gang bang au milieu des poubelles odorantes de mes voisins ! Parce que, fatalement, quand on klaxonne une passante, ça l’excite à mort… Elle se dit tout de suite, quelle aubaine, ne passons pas à côté d’une occasion pareille, ça ne se représentera pas tous les jours…

Pas d’amalgame…

Oh, je ne jette pas la pierre aux éboueurs et loin de moi l’idée de faire un amalgame. J’ai déjà été klaxonnée par des camionnettes (mes préférées ? les blanches), des berlines (trop bien les BMW noires), des voitures de sports (les tunées, un délice), des familiales (des problèmes avec madame ?), des citadines (bof, pas très spacieux) et une multitude de gros camions (j’adore les mecs qui ont des trucs qui pendent au rétro…). Bref, il y a des gars, dès qu’ils voient une nana courir, peu importe le look, ils ont un réflexe reptilien, ils appuient au milieu de leur volant.

Un coup de klaxon inutile. Parce qu’en fait, la voiture, elle passe tout de même à plus de 40 km/h. Et là, je vais en apprendre une bonne à tous les conducteurs souffrant du symptôme de la main sur le klaxon : 40 km/h, c’est la vitesse maximale d’Hussein Bolt. De nouveau je devrais peut-être être flattée. Ces mecs, ils me voient courir et ils se disent « allez, je vais lui proposer un beau défi, atteindre la vitesse d’un champion olympique avec comme récompense, l’opportunité de faire un tour dans mon superbe véhicule. Et plus si affinités ».

Aucun intérêt…

Si j’en parle ici avec humour, j’ai bien conscience du problème de fond. Ce mois-ci il y a encore eu un viol de runneuse au parc Duden à Forest. Une vie détruite. Une nana qui avait juste envie de courir et non de se faire klaxonner. Une nana qui avait juste envie de courir et non de se faire frapper. Une nana qui avait juste envie de courir et non d’avoir des relations sexuelles non consenties. Une nana qui voulait pouvoir courir comme le fond les hommes. Dans un parc, avant le boulot, pour voir le jour se lever et profiter de la vie. Les mecs, si on ne vous enlève pas cette liberté, pourquoi le faites-vous avec nous ? Non, vous n’êtes pas tous des violeurs… Mais un simple coup de klaxon aussi amusant pour vous soit-il, nous retire tout le plaisir de notre course. Nous plonge dans l’insécurité. Nous fait douter. N’a aucun intérêt…

Je ne terminerai pas cet article en donnant (encore une fois) des conseils aux femmes pour rester en sécurité pendant leur jogging. Il y en a déjà eu des tas d’écrits à ce sujet, dans la presse et sur des blogs. Chlore vous avait d’ailleurs conseillé de courir avec un sifflet dans un de ses articles : « je ne suis pas un buzzer ». Je préfère conclure en adressant un simple message aux hommes (ceux avec le symdrôme) : arrêtez de klaxonner bêtement, vous avez juste l’air pathétiques. Si je faisais la même chose pendant votre jogging, avec la même attitude amusée que vous, vous vous diriez que vous avez croisé une folle.