« Le Brésil, c’est en Afrique? »

"Le Brésil, c'est en Afrique?"

On voit régulièrement des campagnes de lutte contre la pauvreté. Par là, on entend essentiellement la misère pécuniaire, qui toucherait 15% des Belges. Toutes légitimes qu’elles soient, ces actions donnent à penser que le bonheur et l’accomplissement de l’individu ne peuvent reposer que sur l’argent et les biens matériels. Or, n’existerait-il pas deux écueils bien plus pernicieux et destructeurs: la détresse affective et le dénuement culturel, dont il sera question ici?

Mais permettez-moi, dans un premier temps, de vous citer quelques exemples, malheureusement tous authentiques, vécus ou rapportés. Je précise qu’il s’agit à chaque fois de personnes nées et/ou scolarisées en Belgique:

  • Des adolescents qui n’ont jamais entendu parler de George Bush. Nous étions pourtant en 2001, quinze jours après l’effondrement des tours.
  • Des élèves de troisième secondaire qui apprennent avec stupéfaction qu’il y a eu deux guerres mondiales.
  • Dans le même registre, un auditoire d’université (!) où le nom de Winston Churchill n’évoque rien à personne, ou presque.
  • Une jeune femme qui, à plus de vingt ans, découvre enfin l’existence de Jules César.
  • D’adultes qui ignorent totalement qui sont Léonard de Vinci, Platon ou Victor Hugo.
  • Notons que Michaël Jackson était aussi totalement inconnu à certains.
  • D’une jeune fille qui, dans la rubrique « Centres d’intérêt » de son C.V. note « Chopin », suggestion du correcteur orthographique car elle ne savait pas comment écrire le mot « shopping ».

Je pourrais continuer comme cela longtemps. Et pourtant, les gens cités plus haut n’ont pas été séquestrés ou enfermés dans une bouteille de formol jusqu’à leur majorité.

Au-delà des « Comment est-ce possible » et autres « Que s’est-il passé? », ces cas ne peuvent qu’inciter à la réflexion. Peut-on parfaitement vivre dans la méconnaissance totale du monde qui nous entoure? Peut-on se construire sans les bases géo-politiques, historiques, littéraires ou artistiques qui ont forgé notre identité et notre société au fil des siècles? Peut-on s’épanouir sans un minimum de nourriture intellectuelle?

Je répondrai par une citation d’Arthur Schopenhauer: « Les hommes sont mille fois plus acharnés à acquérir des richesses que la culture, bien qu’il soit parfaitement certain que le bonheur d’un individu dépend bien plus de ce qu’il est que de ce qu’il a ». Affirmation que semble corroborer une étude du Programme d’Action communautaire de la Lutte contre l’Exclusion qui, en 2005 déjà, démontrait que le rôle de la culture est primordial quant à la prévention et la diminution de la pauvreté.

Paradoxalement, l’information n’a jamais été aussi accessible. Il serait peut-être temps d’en profiter.