Les monologues du pénis

Les monologues du pénis

Conversation entre collègues. L’un d’eux évoque le fait qu’il est incroyable de voir, dans notre société, à quel point le sexe féminin est tabou. Je m’insurge. Le véritable interdit touche essentiellement à la virilité. Si le sexe des hommes était autant décrypté, analysé, disserté et décortiqué que le nôtre, les statues d’éphèbes ne porteraient pas de feuilles de vigne. On regarderait des films à caractère non pornographique où on verrait des hommes nus de face. Les magazines vanteraient les mérites des sex-toys masculins, considérés non plus comme l’apanage des pervers mais comme des accessoires glamours et porno-chics. Nous aurions droit à une pléiade d’articles détaillés sur le plaisir de nos partenaires, présenté comme subtil et raffiné et non comme basique, simpliste et sans nuances. Ces messieurs auraient même l’immense chance de pouvoir lire des lignes entières consacrées à l’épilation et l’entretien de leurs poils pubiens.

On s’émerveillerait devant les slips, boxers et strings du catalogue Pabo et on n’en rigolerait plus. Des militants passionnés se déshabilleraient lors de colloques, manifestations ou conférences pour défendre les causes qui leur tiennent à coeur. Des artistes dévêtus s’exhiberaient au Louvre en se proclamant oeuvres-d’art. Un descendant de Courbet peindrait « L’Origine de l’origine du monde » et la fresque de Saint-Gilles continuerait à interloquer les passants.

On irait voir la pièce « Monolithe- Une épopée du corps caverneux » en lieu et place de « Volcan-Une histoire du clitoris ». On pourrait, enfin, écouter les monologues du pénis. Cela nous changerait un peu des discours, fantasmes et logorrhées hasardeuses sur notre propre anatomie. Et Pierre Perret se sentirait moins seul.

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