Mais pourquoi appelle-t-on systématiquement les mères????

Mais pourquoi appelle-t-on systématiquement les mères????

Je vous raconte ma merveilleuse semaine?

Lundi: l’athénée de mon fils m’appelle. Il ne se sent pas bien; je suis priée de venir le reprendre séance tenante. Un « Dans combien de temps pensez-vous arriver? » me donne le sentiment déplaisant que j’ai intérêt à me dépêcher. Je lâche tout pour récupérer mon mini-ado à l’article de la mort.

Mardi: le même fils me téléphone à 16h50. Après une interminable litanie de « Maman…euh…en fait…euh…en fait..maman… », je finis par apprendre que j’ai un entretien avec sa prof de math à…17h. Mieux vaut tard que jamais. Je suis au boulot, à l’autre bout de la ville, tout va bien. A nouveau, je plante tout et cours comme une dératée vers le métro. J’arriverai à mon rendez-vous avec 1/2 heure de retard, un stress monstre et mes plus plates excuses.

Jeudi: Tiens, j’ai reçu un message du papa! L’école de ma fille a essayé de me joindre à trois reprises et, en désespoir de cause, a fini par se rabattre sur lui. Devinez quoi? Elle a une grosse migraine et… Vous connaissez la suite.

Face au côté ubuesque de la situation, je me pose sérieusement plusieurs questions:

  • Est-ce une blague? Une caméra cachée?
  • Serais-je tombée sans m’en apercevoir dans la quatrième dimension?
  • Suis-je maudite?
  • Et, surtout, POURQUOI APPELLE-T-ON TOUJOURS LES MERES ????????

Personnellement, j’ai la chance d’avoir un travail qui me permette de disparaître comme par magie en cas d’urgence. Mais c’est loin d’être le cas de toutes. Et, malgré tout, cela m’embarrasse profondément de devoir à chaque fois lâcher mon équipe.

Je voudrais donc faire passer un message aux surveillants-éducateurs: les mamans ne sont pas d’étranges êtres oisifs qui se prélassent dans un bon bain chaud avant de regarder le télé-achat et « Les Feux de l’Amour ». En nous avertissant prioritairement et quasi exclusivement, vous nous donnez la désagréable impression que notre situation professionnelle est inexistante. Qu’il ne peut s’agir au mieux que d’une gentille petite distraction, bien moins sérieuse, intéressante, importante et lucrative que toute activité pratiquée par nos conjoints. Ainsi, vous n’hésiterez pas à déranger une chirurgienne dans son opération, une ministre au parlement, une avocate dans sa plaidoirie ou une astronaute en voyage interstellaire, partant du postulat que la mère est la personne la plus apte à s’occuper de l’enfant et que le père est sûrement bien plus débordé. D’ailleurs, je vous parie que, si Hilary Clinton s’était présentée à la présidence durant la prime jeunesse de Chelsea, vous auriez préféré l’interrompre en plein meeting plutôt que de gâcher la partie de golf de Bill. Notez bien que je ne demande pas non plus que les hommes s’y collent à chaque fois, mais un peu de parité ne nous ferait pas de tort.

Loin de moi l’idée ou l’envie de faire du féminisme à deux euros cinquante, mais il faut bien avouer que tout cela ne nous aide pas dans le monde du travail. Je tenais donc simplement à rappeler aux écoles qu’il existe des pères, qu’ils sont fournis avec un GSM, et qu’ils sont tout à fait capables de chouchouter, dorloter, lire un thermomètre et filer du Dafalgan.

Quant à ceux qui, dans le milieu professionnel, font culpabiliser et dénigrent celles qui doivent prendre congé pour raisons familiales, qu’ils ne perdent pas de vue que, sur toute une carrière et malgré les maternités, les femmes comptent en moyenne moins de jours d’absence que les hommes.