« Molenbeek, vingt-cinq ans d’attentats islamistes »…et quelques réflexions personnelles

"Molenbeek, vingt-cinq ans d'attentats islamistes"...et quelques réflexions personnelles

J’ai franchement hésité longtemps avant de me lancer dans l’écriture d’un article sur ce livre. Non qu’il soit mauvais, loin de là. Mais parce que ce Molenbeek tant décrié, je m’y suis attachée, malgré et pour ses imperfections.

D’entrée de jeu, je me suis rendu compte qu’il m’était difficile de faire la critique de cet ouvrage sans donner à mon tour ma vision et mon expérience quotidienne de cette agglomération si particulière. Or, dès qu’il est question d’aborder Molenbeek, il est presque impossible de ne pas être saisi par une certaine appréhension: celle de ne pas trouver les mots justes, de s’exprimer avec maladresse, d’être mal compris, de ne pouvoir tout simplement pas décrire ce qui ne peut l’être. Car la commune est à l’image de ses habitants, pleine de paradoxes.

Roger Maudhuy, quant à lui, y a vécu et pose la question: « Pourquoi Molenbeek? » Face à une actualité où les mots « radicalisation », « terrorisme », « attentat » et « Molenbeek » semblent malheureusement indissociables, l’auteur (historien de formation) tente une analyse critique de la situation, décortiquant les rouages sociologiques, politiques et économiques. Il retrace le fil des événements, nous entraîne dans des lieux secrets, ponctue son étude d’entretiens, dénonce les responsabilités des uns et l’irresponsabilité des autres. Face aux arguments avancés, il appartiendra à chacun de se forger sa propre opinion.

Si cette lecture se veut instructive, je pense qu’il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit avant tout d’un procès à charge. On ne pourrait toutefois le reprocher à Maudhuy, son but premier étant d’essayer de comprendre ce qui a pu entraîner certains Molenbeekois dans cette spirale de mort et non de faire un portrait général de la commune.

Je regrette cependant qu’à la lecture du livre, on ne puisse s’empêcher de fantasmer Molenbeek comme une zone de non-droit, une sorte de coupe-gorge où radicalisme, délinquance et trafic de drogue règnent en maîtres. La commune cristallise les peurs et bon nombre de personnes avouent ne pas oser y mettre les pieds, surtout passé une certaine heure.

Dans la réalité, vous pourrez vous y promener le plus tranquillement du monde. Personne ne prêtera attention à vous, vous y croiserez principalement des familles avec enfants et les commerçants vous accueilleront avec le sourire. Vous ne courez pas plus de risques qu’ailleurs de vous faire agresser et repartirez vivants et en bonne santé.

Est-ce que tout y est rose pour autant? Non, certainement pas. Mais je ne peux m’empêcher d’avoir le sentiment que la commune et ses habitants souffrent d’un déficit d’image et d’une stigmatisation souvent injustes (dès qu’un fait s’y déroule, il semble prendre dans la presse et les conversations une ampleur bien plus grande que s’il s’était produit ailleurs). Or, Molenbeek ne se limite pas à ses côtés sombres, elle est toute en contrastes.

Molenbeek, ce sont des dépôts clandestins qui envahissent les trottoirs mais aussi des jeunes qui, bénévolement, prennent l’initiative de nettoyer les rues.

Ce sont des quartiers tristes d’où émergent quelques merveilles patrimoniales.

C’est l’impossibilité de vous garer et des habitants qui attendent dans leur voiture pour vous céder leur place.

Ce sont, surtout, des conversations dont les propos vous démontrent par l’absurde que l’habit ne fait pas toujours le moine.

Alors, bien sûr, il y a la pression sociale, l’omniprésence de la religion, quelle qu’elle soit, la misère, la détresse affective, des drames et des larmes. Mais aussi beaucoup de générosité, de la reconnaissance, de la solidarité, du partage et, plus que tout, la volonté de s’en sortir. Bref, la vie. En espérant qu’elle l’emporte sur les semeurs de mort.