The Path : la série au cœur d’une secte

The Path : la série au cœur d’une secte

La série nous plonge dans l’univers d’un mouvement religieux sectaire, le « Meyerisme », dont les adeptes pensent devoir suivre un Chemin, gravir les échelons d’une Echelle et seront sauvés du Futur car sous leurs pied s’étend un Jardin. Une bande d’allumés me direz-vous ? C’est un peu bateau comme sujet ? Eh, bien, pour avoir suivi la première saison, je peux vous dire que c’est beaucoup plus nuancé que cela…explications.

Les meyeristes ne se considèrent pas comme une secte. Ils pensent appartenir à un mouvement. Celui-ci a été créé (ou révélé ?) par un certain Steve Meyer. Depuis, une communauté s’est regroupée non loin de New York selon les préceptes du gourou. Ils sont végétariens (jusque-là, rein de bien spécial), n’écoutent pas de musique post années’70 (ça se gâte), sont initiés à l’ayahuasca, plante hallucinogène du Pérou (aïe) et méditent les bras levés devant la représentation d’un soleil avec un œil au milieu (c’est foutu…). A part ça, ils ne sont pas bien méchants. Juste un groupe de gentils allumés qui autorisent que l’on fume de l’herbe mais pas que l’on mange de viande ! Ils vivent en famille, les enfants vont à l’école du coin jusque 16 ans (âge auquel ils font leurs « vœux » définitifs), travaillent, aident leurs prochains, … Bref, en apparence, on pourrait même les trouver heureux et sympas. Mais ça, c’est en apparence, …

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La série débute par le sauvetage des membres d’un village détruit par une catastrophe naturelle. Le mouvement est sur place avant les autorités publiques. Ils récupèrent la jeune junkie Mary à leur cause. Bref, ils aident leurs prochains mais il y a un prix à payer : celui de devenir membre du mouvement et de lui rester fidèle.

Justement, la fidélité, parlons-en… les membres ne sont pas des saints. Né du mouvement hippie, le mouvement permet une certaine liberté. L’infidélité n’y est pas encouragée mais est pardonnable si on accepte un petit séjour à la Maison (traduisez la prison). Par contre, pas question d’être infidèle au mouvement lui-même. Et ce sera le sujet principal de la série : est-il possible, malgré l’apparence permissive du mouvement, de tourner le dos à celui-ci ? Et c’est Eddy qui en fera le test lorsque, initié à l’ayahuasca au Pérou, il reviendra avec de sérieux doutes sur le bienfondé du mouvement. Remise en question d’autant plus périlleuse puisqu’il est marié à Sarah, ex petite amie du leader Cal (autoproclamé successeur de Steve Meyer), née au sein de la secte et très engagée dans celle-ci. Pas évident quand vos doutes risquent de vous faire tout perdre, votre famille et même votre vie…

Perso, j’ai trouvé que la série était fort intéressante car elle permettait d’avoir une vision non pas tranchée mais nuancée des mouvements sectaires. Les membres vivent en apparence comme tout le monde, ont l’air heureux et soudés et présentent des valeurs morales fortes. Les enfants ont l’air parfaitement épanouis et bien élevés. Mais ça m’a l’air fort sympathique, me direz-vous ! Oui, dans un premier temps, tout parait aller pour le meilleur. Mais cet écrin idyllique dans notre monde de brutes est accessible à tous si on veut bien en payer le prix : aucune intimité (tous vos faits et gestes sont tracés et exposés sur la place publique), peu de relations avec les IA (les non membres) et surtout, un lien presque indéfectible qui lie les membres à la secte.

La série présente donc bien les rouages mis en place par une secte, depuis sa manière de recruter via l’histoire de Mary jusqu’à sa manière de vous imposer de rester, via les doutes d’Eddy.

Les membres de la secte ont chacun une personnalité propre et si tous répondent à une croyance et une philosophie de vie communes, chacun, selon son rôle, sa position, ses intérêts et son degré de dévouement, réagira avec velléité, malveillance ou force morale, selon la propre interprétation du téléspectateur. Bref, allergiques aux drames psychologiques ou à toute réflexion éthique ou idéologique, s’abstenir !

La réussite de la série repose en partie sur la qualité des acteurs puis qu’on retrouve notamment Aaron Paul, notre petit dealer de Breaking Bad, ici en papa modèle, Michelle Monagham, parfaite en épouse et adepte dévouée et Hugh Dancy, un peu flippant en gourou charismatique et perturbé.

The Path : saison 1, 10 épisodes, 2016