Sommes-nous périmées après 40 ans?

Sommes-nous périmées après 40 ans?

Ce matin, à un arrêt de bus. Un homme, la trentaine, m’aborde dans un français approximatif:

« Excusez-moi, Madame, c’est Trône ici? »

« Oui »

« Et vous avez quelle heure? »

Je consulte mon GSM.

« 11h28 »

Il me remercie et s’éloigne. Deux minutes après, il est de retour et me tourne autour nerveusement.

« Vous êtes belge? »

« Oui, pourquoi »

« Juste pour rien, pour savoir comme ça. Vous avez quel âge? »

« 43 ans, pourquoi? »

« Juste une question comme ça. Excusez-moi, Madame. »

Et il file comme s’il avait le diable aux trousses.

L’annonce de mon grand âge l’aurait-elle effrayé à ce point? Aurait-il entrevu, à travers ce chiffre innocent, les affres de la ménopause, les rhumatismes, les cheveux blancs, les rides, les prothèses dentaires et la démence sénile?

Sa réaction aurait-elle été la même si je m’étais rajeunie de dix ans?

Sommes- nous périmées après 40 ans?

Je me réfère à l’article de Cla: « 40 ans, une fatalité? Moi, je dis non! »

Si ce jeune homme embarrassé par mon âge canonique me connaissait, il saurait que j’ai deux enfants, un boulot à temps plein et une maison envahie par mon désordre, que j’essaye de faire du sport, que je lis, que j’écris, que je vais au théâtre ou au musée, que je prends soin de moi et que je me sens bien plus en forme, stimulée intellectuellement et épanouie qu’à vingt ans.

Finalement, peut-être étais-je trop jeune pour lui.