« Split » ou quand Night Shyamalan loupe le coche

"Split" ou quand Night Shyamalan loupe le coche

Le substrat était prometteur puisque Night Shyamalan ambitionnait de s’attaquer à un concept relativement peu exploité au cinéma: le trouble dissociatif de l’identité. Rappelons rapidement qu’il s’agit d’un phénomène extrêmement rare (heureusement, me direz-vous…) et controversé (il ne serait pas le fruit d’un traumatisme mais simplement la réponse d’un patient vulnérable face aux questions suggestives de son psychothérapeute). Pour pouvoir poser le diagnostic, il faut, outre des épisodes d’absences amnésiques, que cohabitent au minimum deux personnalités distinctes chez un même individu.

Le cas psychique dont il sera question ici ne fait pas les choses à moitié puisqu’il abrite en lui pas moins de 24 spécimens (notez que seuls cinq d’entre eux seront réellement exploités, et pour cause…) Cette petite particularité ne l’empêche pas d’exercer un métier stable depuis 10 ans. Soit ses collègues ne sont pas très observateurs, soit ils sont tellement blasés qu’ils ne s’étonnent plus de rien. Le spectateur, indulgent, en déduira, même si cela paraît peu crédible, que « Kevin-Patricia-Denis-Barry-… » doit être partiellement stabilisé. Les choses se gâtent lorsqu’il enlève et séquestre trois jeunes filles.

Si « Split » ne convainc pas c’est, à mon sens, parce que Night Shyamalan semble avoir égaré en cours de route la notion freudienne d’inquiétante étrangeté, selon lequel le malaise provient d’une rupture dans la réalité. En d’autres termes, l’angoisse surgit de ce qui nous est familier. Il est donc logique que de nombreuses oeuvres s’articulent sur cette théorie en ce qui concerne le corps, le moi, sa scission, sa fragmentation (pensons, par exemple, au « Horla » de Maupassant). Pour pouvoir générer la peur, le récit doit par conséquent s’inscrire dans le réel, avec tout ce que cela sous-entend de subtilité. Ce qui fonctionnait parfaitement bien chez le fameux Norman Bates d’Alfred Hitchcock pèche ici par soucis d’exagération. En effet, deux ou trois personnalités différentes, surgissant de temps à autres chez un homme en apparence normal, auraient largement suffi. Or, cette multiplication d’entités, loin de rendre notre personnage sinistre ou terrifiant, donne plutôt naissance à un être burlesque, voire attendrissant par moments. Avec la vingt-quatrième, surnommée « la bête » (eh oui!), ersatz incongru de l’incroyable Hulk, on sombre carrément dans le grotesque.

Ne vous attendez pas à être surpris, effrayé ou stressé, et encore moins à vous interroger sur les mystères et la complexité de l’esprit humain. On sait dès le départ où l’intrigue nous mènera, et qui survivra ou non, suivant les rouages trop lisses d’un scénario plus que basique. Tout ceci est d’autant plus regrettable qu’il y avait là matière à faire un bon film. A défaut d’être une réussite, « Split » n’en reste pas moins distrayant, et l’on peut souligner la performance d’acteur de James McAvoy, qui parvient de justesse à sauver les meubles.

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