T’es pas une femme!

T'es pas une femme!

Tous les goûts sont dans la nature. Et tous les physiques aussi, manifestement. Lorsque je regarde les femmes autour de moi, je vois des petites, des grandes, des maigres, des minces, des rondes et des très rondes. Si chacune dégage un charme qui lui est propre, certaines s’acceptent plus que d’autres. Les conversation tournent souvent autour de l’alimentation. Des régimes. De la cellulite. Des ventres trop gonflés. Des bourrelets. Et les chiffres affichés par la balance rencontrent plus de succès que ceux du bulletin météo.

On nous serine à longueur de temps qu’il faut faire du sport, manger sainement et avaler cinq fruits et légumes par jour (je n’en peux plus! A chaque fois que j’entends cette phrase, c’est-à-dire toutes les 10 minutes en moyenne, j’ai juste envie de me jeter sur un paquet de chips en hurlant: « Arrêtez de m’infantiliser! »)

Notre société est pleine de paradoxes: alors que les médecins tirent la sonnette d’alarme en prédisant qu’en 2030, 89 % (!) des femmes belges seront en surpoids, certaines publicités leur expliquent à quel point il serait dommage de perdre leurs rondeurs voluptueuses.

Cette fameuse sensualité si féminine dont je suis dépourvue. Car, voyez-vous, je fais partie de ces filles à mini IMC. Celles qui enfilent allègrement leur jeans taille 34 sans se poser de questions, qui ne veulent de mal à personne, qui estiment que la beauté ne se réduit pas à une question de poids et qui ne feraient jamais la moindre remarque désobligeante à quiconque.

Celles pourtant à qui on explique qu’une vraie fille doit avoir des formes. Que leur petit bonnet A est « répugnant » (Tu ne te ferais pas poser des implants mammaires?) et qui doivent faire 4 ou 5 magasins pour trouver un soutien-gorge à leur taille tout en affrontant le regard navré des vendeuses.

Celles à qui ont dit que leur corps est « immonde », et que pas un homme ne voudrait d’un tel tas d’os. Il est d’ailleurs de notoriété publique qu’Angelina Jolie, Charlotte Gainsbourg ou Karlie Kloss sont de vrais repoussoirs rejetés par la gent masculine et voués au célibat éternel. Elles finiront probablement seules, étouffées par une feuille de salade. C’est bien triste mais, que voulez-vous? Chacun sait que les hommes sont des animaux primaires qui choisissent leur compagne uniquement en fonction de leur tour de poitrine.

Je suis de celles qui ne mangent rien, qui sont obsédées par les calories, qui sont forcément anorexiques. Moi qui croyais naïvement qu’il s’agissait d’une maladie à l’origine de bien des souffrances et non d’une insulte.

J’adhère au triste groupe de celles qui ne peuvent être que déprimées, malades, aigries, acariâtres car dénutries.

Celles à qui on demande si elles ne prendraient pas quelques kilos parce que, franchement, ce n’est pas beau!

Celles de qui certains disent: « Ca, ce n’est pas une femme! »

Et ils ont entièrement raison! Car, en plus de mon physique ingrat:

Je n’aime pas les bijoux.

Je ne regarde jamais de comédies romantiques.

Je déteste les soirées entre filles.

Je ne porte pratiquement jamais de robes, de jupes et de hauts talons.

Je n’aime pas faire la cuisine. Juste les gâteaux. Pour pouvoir manger la pâte crue.

L’achat de sous-vêtements affriolants ou de chaussures à paillettes m’excite autant que celui d’une paire de chaussettes.

Je ne fonds pas en larmes quand le beau prince demande la pauvre orpheline en mariage.

J’ose me promener seule le soir sans avoir besoin d’un homme à mes côtés pour me sentir « en sécurité ».

Il paraît que je ronfle. C’est entièrement faux. Je respire fort, c’est tout.

Si par miracle deux enfants n’étaient pas sortis de mon ventre (trop plat), je resterais perplexe dans les toilettes publiques, ne sachant quelle porte pousser. Et j’y réfléchirais à deux fois avant de cocher la case « F » sur les formulaires.

Sur ce, il est tard. Je vais nourrir Skelettor. Qui aime les bonbons, le chocolat, les châtaignes, le tiramisu aux spéculoos de sa soeur et le gâteau aux petits beurres de sa maman. Et qui ne se fera pas vomir après. Promis.

Alors, à toutes celles qui se lamentent devant leur miroir: il n’y a ni « planches à pain » ni « grosses vaches », juste des femmes, des vraies, jolies, inventives, drôles, intelligentes, charmantes, sensibles, et qui méritent d’être aimées pour toutes ces qualités.

Ne laissez jamais personne vous faire croire le contraire.