Une foire du Midi désespérément désertée

Une foire du Midi désespérément désertée

Je pense que l’image parle d’elle-même… Je l’ai prise cet après-midi, vers 15h30. On parle d’une baisse de fréquentation de près de 50%.

Alors que des mesures de sécurité ont été mises en place (des blocs de béton ont été installés aux entrées, empêchant le passage des voitures, et la présence policière a été renforcée), la foire du Midi paraissait tristement calme, aux antipodes de sa joyeuse agitation habituelle. Je crois ne l’avoir jamais traversée aussi vite. C’est la première fois que je ne suis pas agacée par les gens qui n’avancent pas et les poussettes dans lesquelles on se prend les pieds (je n’ai d’ailleurs jamais compris comment on pouvait avoir l’idée saugrenue de s’y promener à 1h du matin avec un bébé????). Les allées ne m’ont jamais semblé aussi larges et dégagées. Et pourtant, j’y vais depuis mon plus jeune âge. Quand j’étais petite, c’était même le moment de l’année que j’attendais avec le plus d’impatience.

Et voilà que, alors que j’évoquais le projet de m’y rendre avec mes enfants, on m’a demandé si c’était « bien prudent ». J’ai fait remarquer que, même si la foire a toujours eu mauvaise réputation, je n’y avais jamais rencontré le moindre problème en quarante ans. Oui mais les temps ont changé. Alors qu’avant, on avait peur de s’y faire voler son sac, maintenant on craint pour sa vie.

Mes enfants sont nés en 2003 et 2006. Autant dire qu’ils ont grandi au sinistre rythme des attentats qui endeuillent le monde. Doivent-ils, au nom d’un légitime principe de sécurité, être privés de toutes ces petites joies que nous avons connues? N’ont-ils pas le droit de se promener avec insouciance dans un parc d’attractions, un centre commercial ou un site touristique?

Je regrette déjà d’avoir renoncé (au nom du sacré « On ne sait jamais … ») à aller voir avec eux le feu d’artifice du 21 juillet. Nous nous sommes contentés d’en apercevoir une partie depuis ma chambre. Le temps était pourtant superbe, ce soir-là.

J’ai repensé à une question qui s’était souvent posée lors des tristes événements de Paris et Bruxelles : « Comment en parler aux enfants, notamment à l’école? »

Mais est-on forcément obligés d’aborder avec eux des questions qui nous dépassent déjà en tant qu’adultes?

Ma fille vit dans un microcosme magnifique, fait de fleurs, de princesses, de fées et de licornes. C’est une sorte de petit être merveilleux, heureuse, souriante, toujours positive, pleine d’humour et d’amour. Si gentille et pure qu’elle serait bien incapable de concevoir que la méchanceté gratuite puisse exister chez d’autres.

Je n’ai pas envie qu’on lui en parle. Je ne veux pas qu’elle sache à quel point l’univers dans lequel elle vit peut être laid. Elle en prendra conscience bien assez tôt. Je souhaite qu’elle reste dans son imaginaire merveilleux le plus longtemps possible, préservée de tout cela.

Ce matin, un prêtre de 84 ans a été égorgé par deux terroristes dans le Nord-Ouest de la France. C’est la première chose que j’ai entendue à la radio ce matin en me levant.

L’après-midi, j’ai pris mes enfants par la main, je les ai emmenés à la foire. Ils ont fait plusieurs attractions, se sont enivrés de l’odeur des beignets, se sont amusés comme on le fait à leur âge. Et leur sourire a éclipsé toutes les horreurs du monde.