Une question de dosage…

Une question de dosage...

Un après-midi dans le métro bruxellois. Trois clones entrent dans la rame. Elles doivent avoir une vingtaine d’années à tout casser. Elles ont dégainé l’artillerie lourde: vêtements moulants sur des formes plus que généreuses, décolleté plongeant malgré les températures glaciales, longues extensions de cheveux noirs raides comme la justice, faux ongles façon pelle à tarte incrustés de strass, cils de cabaret cartonnés de mascara. Leurs sourcils sont si réguliers, symétriques et fournis qu’on dirait qu’elles ont rasé les vrais pour coller des postiches à la place. Leurs paupières lourdement cernées d’un smoky anthracite pailleté ploient sous le poids d’un trait d’eyeliner épais comme le pouce. Une bouche prune et visqueuse, ourlée d’un gracieux trait de crayon, achève le tableau. Mais, ce qui me frappe le plus, c’est leur peau dont le grain disparaît totalement sous un amas de fond de teint trop foncé. Et, surtout, je distingue les tristes reliquats d’un contouring raté: deux traits plus sombres sur les arêtes du nez et sous les pommettes, un rond clair au milieu du front.

Tandis que l’une d’elles sort son miroir et se badigeonne copieusement de poudre de soleil, je me questionne quant aux raisons qui les poussent à se peinturlurer de la sorte. Car, sous toutes ces couches, on distingue des traits plutôt réguliers. Elles ne semblent pas souffrir d’acné ou de problèmes de peau rédhibitoires. Alors? Avons-nous affaire à des jeunes filles complexées, mal dans leur peau, qui tentent de se rassurer en se camouflant? De rebelles qui n’en peuvent plus d’entendre que le maquillage n’existe que pour « sublimer » et que « less is more »? De rescapées d’une émission de téléréalité? Ou, hypothèse plus probable, s’agirait-il simplement de victimes de YouTube et consorts?

J’envie parfois les jeunes femmes actuelles qui, contrairement à nous (les dinosaures qui ne connaissions pas Internet), bénéficient d’un tas de conseils et de revues concernant les produits et les tendances. Mais toute médaille a son revers. Car on peut vite croire que la fin du monde est proche si on ne possède pas de DD crème, si on laisse sagement pousser ses vrais ongles ou si on ignore ce qu’est le strobbing. Et on risque d’oublier que, si certaines choses passent très bien en photo ou à la télé, il n’en va pas toujours de même dans la vraie vie. Il existe pourtant une règle essentielle: pouvoir être reconnue le matin au réveil!

Alors oui, il existe un tas de techniques et de cosmétiques extraordinaires qui permettent aux femmes de se transformer. De talentueux maquilleurs professionnels pourraient même vous faire ressembler à Michael Jackson, Jean-Claude Van Damme ou Marilyn Monroe. Mais quel serait l’intérêt?

Alors que je sors du four un gâteau raté à la banane, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle farfelu entre pâtisserie et maquillage. Parfois, vous testez une merveilleuse recette aux ingrédients divins qui s’avère finalement lourde et écoeurante. Puis, en y réfléchissant, vous réalisez qu’emportée par l’enthousiasme,vous avez préféré forcer sur le sucre et la crème plutôt que d’avoir la main légère. De peur que le résultat soit fade. Ou dans l’espoir absurde d’arriver à la perfection.

Eh bien, en matière de beauté, ne serait-ce pas un peu la même chose? Finalement, tout n’est-il pas une question de dosage?